Rénovation énergétique : quelles aides financières pour vos travaux en 2026 ?

Ce qui change en 2026 pour le financement des travaux
Chaque année, la même question revient chez les propriétaires qui envisagent des travaux : est-ce que j'attends, ou est-ce que je me lance maintenant ? En 2026, la réponse penche nettement vers la seconde option. Les dispositifs se resserrent, les enveloppes budgétaires sont plus surveillées, et certains coups de pouce vivent probablement leurs derniers mois.
Il faut dire que l'année 2025 a laissé des traces. La suspension temporaire de MaPrimeRénov' durant l'été, décidée face à un afflux de dossiers et à des soupçons de fraude, a pris beaucoup de monde de court. Des chantiers ont été reportés. Des ménages ont perdu des mois. Et surtout, une leçon s'est imposée : ces aides ne sont pas des acquis permanents.
Le resserrement de MaPrimeRénov' après la suspension de 2025
La reprise s'est faite avec des règles plus strictes. Les contrôles sur pièces se sont multipliés, les délais d'instruction se sont allongés, et les quotas de dossiers acceptés par période sont désormais une réalité concrète, même si l'administration communique peu dessus.
Concrètement, cela signifie qu'un dossier mal ficelé ne passe plus. Là où un devis approximatif pouvait encore filer entre les mailles il y a trois ans, il revient aujourd'hui avec une demande de pièce complémentaire, voire un refus sec.
Le parcours accompagné, celui des rénovations d'ampleur, reste la voie privilégiée par les pouvoirs publics. Le message est clair : on veut financer des projets qui font vraiment gagner des classes énergétiques, pas des gestes isolés dont l'effet sur la facture reste anecdotique.
La fin annoncée de certains coups de pouce CEE
Du côté des certificats d'économies d'énergie, le paysage bouge aussi. Plusieurs bonifications qui existaient depuis des années arrivent en fin de cycle. Le coup de pouce chauffage a déjà été recentré sur un nombre plus limité d'équipements, et les montants qui circulaient encore en 2023 pour un remplacement de chaudière n'ont plus grand-chose à voir avec ceux d'aujourd'hui.
Ce n'est pas une disparition brutale. C'est plutôt une érosion progressive, période par période, avec des annonces qui tombent souvent à quelques semaines du changement. D'où l'intérêt de ne pas laisser traîner un projet mûr.
Le calendrier à connaître avant de lancer un devis
Un point sur lequel beaucoup se font piéger : les aides s'apprécient à la date de la demande, pas à la date des travaux. Un dossier déposé en janvier sous les conditions de 2026 reste régi par ces conditions, même si le chantier démarre en septembre.
À l'inverse, attendre le printemps pour déposer, c'est prendre le risque de tomber sous un barème révisé. Ce n'est pas systématique, mais ça arrive plus souvent qu'on ne le croit.
Quelques repères utiles :
- Les barèmes MaPrimeRénov' sont généralement ajustés en début d'année civile, parfois en cours d'année.
- Les bonifications CEE fonctionnent par périodes pluriannuelles, avec des ajustements intermédiaires.
- L'audit énergétique, obligatoire pour le parcours accompagné, demande plusieurs semaines de délai entre la prise de rendez-vous et la remise du rapport.
MaPrimeRénov' : le socle du financement public
C'est le dispositif central, celui qui structure tout le reste. Il fonctionne selon deux logiques bien distinctes qu'il vaut mieux ne pas confondre, parce qu'on ne peut pas naviguer de l'une à l'autre en cours de route.
Le parcours par geste : quels travaux restent éligibles
Le parcours par geste finance des travaux pris isolément. Il a été progressivement recentré sur les équipements de chauffage décarbonés et sur quelques postes d'isolation.
Restent typiquement concernés :
- La pompe à chaleur air/eau ou géothermique
- Le chauffe-eau thermodynamique
- Le poêle ou la chaudière biomasse performante
- Le chauffe-eau solaire individuel
- L'isolation des murs, de la toiture et des planchers bas
- La ventilation mécanique contrôlée double flux
Attention toutefois : l'isolation seule est de moins en moins soutenue dans ce parcours. Elle reste finançable, mais avec des montants qui ne suffisent plus à emporter la décision. C'est un choix politique assumé, pas un oubli.
Le parcours accompagné : la rénovation d'ampleur et ses paliers de gain énergétique
Ici, on change d'échelle. Le principe : au moins deux gestes d'isolation, un audit énergétique préalable, et surtout un objectif de gain d'au moins deux classes au DPE.
Le taux de prise en charge dépend de ce gain :
- Gain de 2 classes : taux de base
- Gain de 3 classes : taux majoré
- Gain de 4 classes ou plus : taux maximal
À cela s'ajoute une bonification quand le logement sort du statut de passoire thermique, c'est-à-dire quand il quitte les classes F ou G. Une maison classée G qui remonte en C cumule donc un gain de classes important et cette bonification. C'est le cas de figure le mieux servi par le dispositif.
Le plafond de dépenses éligibles varie selon l'ampleur du projet, avec des paliers qui montent en même temps que l'exigence de résultat. Autrement dit, plus vous visez haut, plus l'assiette de calcul s'élargit.
Les quatre profils de revenus et les montants correspondants
Le système repose sur quatre catégories, définies par le revenu fiscal de référence et la composition du foyer, avec un barème distinct pour l'Île-de-France et pour le reste du territoire.
- Bleu : ménages aux revenus très modestes, taux de prise en charge le plus élevé
- Jaune : revenus modestes
- Violet : revenus intermédiaires
- Rose : revenus supérieurs, avec un accès limité, essentiellement au parcours accompagné
Une remarque de terrain : beaucoup de propriétaires se placent spontanément dans une catégorie plus haute que la réalité. Le revenu fiscal de référence, ce n'est pas le salaire brut ni même le net imposable perçu dans l'année. C'est une ligne précise de l'avis d'imposition. Vérifiez-la avant de conclure quoi que ce soit sur votre éligibilité.
Conditions d'accès : ancienneté du logement, résidence principale, plafonds de dépenses
Trois conditions cumulatives, sans exception :
- Le logement doit avoir plus de quinze ans à la date de la demande
- Il doit être occupé à titre de résidence principale, au minimum huit mois par an
- Les travaux doivent être réalisés par une entreprise certifiée RGE
Le cas des bailleurs mérite une précision : ils peuvent accéder au dispositif, mais avec un engagement de location de six ans minimum et un plafond limitant le nombre de logements aidés par propriétaire.
Le rôle obligatoire de l'Accompagnateur Rénov'
Pour toute rénovation d'ampleur, passer par un Accompagnateur Rénov' agréé n'est pas une option. C'est une obligation réglementaire.
Ce professionnel réalise ou valide l'audit, aide à hiérarchiser les travaux, vérifie la cohérence technique du projet et accompagne le montage du dossier. Sa prestation est elle-même partiellement financée, jusqu'à un plafond, avec une prise en charge intégrale pour les ménages les plus modestes.
Faut-il y voir une contrainte administrative de plus ? Sur le papier, peut-être. Dans les faits, les retours sont plutôt positifs : un audit bien mené évite les erreurs d'ordre, comme installer une pompe à chaleur dans une maison encore mal isolée. Erreur classique, et coûteuse.
Les certificats d'économies d'énergie (CEE)
Principe : une aide versée par les fournisseurs d'énergie, pas par l'État
Voilà un point que peu de gens comprennent vraiment, et pourtant il change tout dans la manière d'aborder la démarche.
Les CEE ne sont pas une subvention publique. L'État impose aux vendeurs d'énergie (électricité, gaz, fioul, carburants) d'atteindre des objectifs d'économies d'énergie sur des périodes définies. Pour y parvenir, ils financent les travaux des particuliers, ce qui leur permet de récupérer des certificats.
Conséquence directe : les montants varient d'un obligé à l'autre. Deux offres pour le même chantier peuvent différer de plusieurs centaines d'euros. Il y a donc un vrai intérêt à comparer, ce que très peu de ménages prennent le temps de faire.
Les primes standard et les coups de pouce bonifiés
Deux niveaux coexistent. La prime standard correspond au montant calculé selon une fiche d'opération standardisée, avec des paramètres liés à la zone climatique et à la surface concernée. Le coup de pouce, lui, est une bonification décidée par les pouvoirs publics sur certaines opérations jugées prioritaires.
Les principaux coups de pouce en vigueur portent sur :
- Le remplacement d'une chaudière au fioul, au gaz ou au charbon par un équipement décarboné
- La rénovation performante d'une maison individuelle
- L'isolation des combles et planchers bas, avec des montants désormais réduits
Cumul CEE + MaPrimeRénov' : ce qui est autorisé, ce qui ne l'est plus
Le cumul reste possible dans le parcours par geste. Un propriétaire qui remplace sa chaudière peut donc percevoir MaPrimeRénov' et une prime CEE sur le même équipement.
En revanche, dans le parcours accompagné, les règles sont plus rigides. Certaines opérations ne peuvent plus être valorisées deux fois, et l'ensemble des aides publiques est encadré par un plafond global exprimé en pourcentage du coût total des travaux. Ce plafond, souvent ignoré, explique bien des déceptions au moment du versement.
L'erreur à éviter : signer le devis avant d'avoir accepté l'offre CEE
C'est probablement la faute la plus fréquente, et la plus douloureuse.
L'offre CEE doit impérativement être acceptée avant la signature du devis. Pas le même jour, pas juste après : avant. Un devis signé le 3 du mois avec une offre CEE acceptée le 5 rend le dossier irrecevable. Sans discussion possible, sans recours.
Chaque année, des milliers de dossiers sautent pour cette seule raison. L'entreprise a rarement conscience du problème, le client encore moins, et l'affaire se découvre au moment du versement.
L'éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ)
Montants et durées de remboursement selon le nombre de travaux
L'éco-PTZ n'est pas une aide au sens strict. C'est un prêt sans intérêts, distribué par les banques conventionnées avec l'État, destiné à couvrir ce que les subventions ne prennent pas en charge.
Le montant dépend de l'ampleur du projet :
- Action unique : jusqu'à 15 000 € (7 000 € pour un remplacement de fenêtres seul)
- Deux actions : jusqu'à 25 000 €
- Trois actions ou plus : jusqu'à 30 000 €
- Rénovation globale performante : jusqu'à 50 000 €
La durée de remboursement s'étale jusqu'à quinze ans, vingt pour les rénovations globales. Sur des mensualités, cela reste digeste, surtout comparé aux économies de chauffage générées.
L'éco-PTZ « Prêt Avance Rénovation » pour les ménages modestes
Ce dispositif moins connu s'adresse aux ménages qui n'obtiennent pas de crédit classique, souvent pour des raisons d'âge ou de niveau de revenus.
Le principe est particulier : le remboursement du capital est différé jusqu'à la vente du bien ou sa transmission. Le prêt est garanti par une hypothèque sur le logement, et l'État couvre partiellement le risque des banques via un fonds de garantie.
Pour un retraité propriétaire d'une maison énergivore mais aux revenus limités, c'est souvent la seule solution qui permette de financer un reste à charge. Encore faut-il en connaître l'existence, et rares sont les conseillers bancaires qui la mettent spontanément sur la table.
Cumul avec MaPrimeRénov' : le financement du reste à charge
Le cumul est non seulement autorisé, mais explicitement encouragé. La logique du montage est simple : les subventions couvrent une part du chantier, l'éco-PTZ finance le solde, et les mensualités sont partiellement compensées par la baisse des factures.
La demande peut d'ailleurs être déposée après l'accord MaPrimeRénov', ce qui laisse le temps de connaître le montant exact du reste à charge avant de solliciter la banque. Il faut simplement que le prêt intervienne dans un délai raisonnable après l'achèvement des travaux.
La TVA à taux réduit et les aides fiscales
5,5 % sur les travaux d'amélioration énergétique
Souvent oubliée dans les calculs, la TVA à taux réduit représente pourtant un gain immédiat et automatique. Sur un chantier de 40 000 €, la différence entre 20 % et 5,5 % dépasse 5 000 €. Ce n'est pas rien.
Elle s'applique aux travaux d'amélioration de la performance énergétique dans les logements achevés depuis plus de deux ans. Aucune démarche n'est nécessaire : l'entreprise applique directement le taux sur sa facture, matériel et main-d'œuvre compris, à condition qu'elle fournisse elle-même les équipements.
Point de vigilance : si vous achetez le matériel de votre côté et que l'artisan ne facture que la pose, le taux réduit ne s'applique qu'à la main-d'œuvre. Le calcul devient nettement moins favorable.
10 % sur les travaux induits
Les travaux dits « induits », c'est-à-dire indissociablement liés aux travaux énergétiques, bénéficient d'un taux intermédiaire de 10 %. On y trouve les reprises d'enduit après isolation, les finitions de plâtrerie, ou le déplacement d'un radiateur rendu nécessaire par le chantier.
La frontière entre travaux induits et travaux d'embellissement fait parfois débat avec l'administration fiscale. Un conseil pratique : demandez à l'entreprise de détailler ces lignes sur le devis plutôt que de les fondre dans un forfait global. En cas de contrôle, la justification sera bien plus simple.
L'exonération de taxe foncière votée par certaines communes
Peu médiatisé, ce dispositif existe pourtant depuis longtemps. Les communes et intercommunalités peuvent voter une exonération partielle ou totale de taxe foncière, pendant trois ans, pour les logements ayant fait l'objet de travaux d'économie d'énergie dépassant un certain montant.
Toutes ne le font pas, loin de là. Un appel au service urbanisme de votre mairie suffit à savoir si votre commune a délibéré en ce sens. Cinq minutes de téléphone pour potentiellement plusieurs centaines d'euros, le rapport effort-résultat est plutôt bon.
Les aides locales, souvent oubliées
Régions, départements, intercommunalités : la carte des dispositifs complémentaires
C'est le gisement le plus négligé, et probablement le plus rentable rapporté au temps passé.
Des centaines de collectivités proposent leurs propres aides, avec des logiques très variables. Certaines régions financent les audits énergétiques. Des départements versent des primes à l'isolation. Des intercommunalités bonifient l'installation de systèmes de chauffage renouvelable ou proposent des chèques travaux.
Ces aides se cumulent presque toujours avec les dispositifs nationaux, dans la limite du plafond global d'aides publiques. Leur montant reste modeste pris isolément, entre 500 et 3 000 € en général, mais deux ou trois dispositifs empilés font vite basculer un plan de financement.
Les aides des caisses de retraite et d'Action Logement
Deux circuits parallèles, complètement distincts du reste.
Les caisses de retraite, notamment la Carsat, financent des travaux d'amélioration de l'habitat pour leurs ressortissants retraités, souvent orientés vers le maintien à domicile mais incluant fréquemment un volet énergétique. Les conditions de ressources sont strictes, les montants intéressants.
Action Logement, de son côté, s'adresse aux salariés du secteur privé et propose prêts à taux préférentiels et subventions selon les périodes et les enveloppes disponibles. L'offre évolue régulièrement : ce qui était valable l'an dernier ne l'est plus forcément aujourd'hui.
Comment identifier les dispositifs de votre territoire
Trois réflexes suffisent à faire le tour :
- Contacter l'espace conseil France Rénov' de votre secteur, qui tient à jour la liste des aides locales
- Consulter le simulateur national, qui intègre désormais un volet territorial
- Appeler directement le service habitat de votre intercommunalité
Comptez une demi-journée pour faire un tour complet. Sur un chantier à 40 000 €, c'est probablement la demi-journée la mieux rémunérée de votre projet.
Cas particuliers : copropriétés et logements locatifs
MaPrimeRénov' Copropriété : montants et conditions de vote
Le dispositif copropriété fonctionne différemment : l'aide est versée au syndicat des copropriétaires, pas aux propriétaires individuels, et elle est calculée sur le montant global des travaux sur parties communes.
Elle est conditionnée à un gain énergétique minimal de 35 %, avec un taux de prise en charge qui grimpe en fonction de la performance atteinte. Des primes individuelles complémentaires viennent s'ajouter pour les copropriétaires modestes, ainsi qu'une bonification quand la copropriété sort du statut de passoire thermique.
Sur le plan pratique, le vrai obstacle n'est pas financier mais humain. Il faut faire voter les travaux en assemblée générale, à la majorité requise, avec des copropriétaires dont les situations et les horizons de revente diffèrent radicalement. Un projet de rénovation globale en copropriété se compte rarement en mois. Plutôt en années.
Le calendrier d'interdiction de location des passoires thermiques
C'est ce calendrier qui, plus que toutes les aides réunies, pousse aujourd'hui les bailleurs à agir.
- Depuis 2023, les logements les plus énergivores de la classe G sont interdits à la location
- Depuis 2025, l'ensemble de la classe G est concerné
- En 2028, ce sera au tour de la classe F
- En 2034, la classe E rejoindra la liste
Un bailleur propriétaire d'un logement classé F a donc environ deux ans devant lui. Compte tenu des délais d'audit, de devis, d'instruction et de réalisation, l'échéance est nettement moins lointaine qu'elle n'en a l'air.
Le dispositif Loc'Avantages pour les bailleurs
Loc'Avantages propose une réduction d'impôt sur les revenus fonciers en contrepartie d'un loyer plafonné, avec trois niveaux de décote et une réduction d'autant plus forte que le loyer est modéré.
Le lien avec la rénovation est direct : le dispositif est ouvert aux logements décents énergétiquement, et il se cumule avec les aides travaux. Pour un bailleur qui doit de toute façon rénover avant 2028, combiner subventions de travaux et avantage fiscal sur plusieurs années change sérieusement l'équation.
Construire un plan de financement cohérent
Simulation chiffrée : une rénovation d'ampleur de 45 000 €
Prenons une maison de 110 m² classée F, occupée par un couple avec deux enfants relevant de la catégorie « jaune » (revenus modestes), hors Île-de-France. Objectif : passer en classe C, soit un gain de trois classes.
Les travaux :
- Isolation des combles et des murs par l'extérieur : 26 000 €
- Pompe à chaleur air/eau : 14 000 €
- VMC double flux : 5 000 €
Le financement, en ordre de grandeur :
- MaPrimeRénov' parcours accompagné, gain de 3 classes, catégorie jaune : environ 25 000 €
- Bonification sortie de passoire thermique : environ 4 500 €
- Prise en charge de l'Accompagnateur Rénov' : environ 1 500 €
- Aide régionale et intercommunale : environ 2 000 €
Reste à charge avant prêt : autour de 12 000 €, financé par un éco-PTZ sur quinze ans, soit environ 67 € par mois. Face à une économie de chauffage estimée entre 100 et 140 € mensuels, l'opération s'autofinance dès la première année.
Ces montants sont indicatifs et supposent que tous les dispositifs sollicités aboutissent. Dans la vraie vie, il arrive qu'une aide locale soit épuisée ou qu'un plafond global vienne rogner le total. Prévoyez une marge.
Simulation chiffrée : un remplacement de chaudière par une pompe à chaleur
Cas beaucoup plus courant, et bien plus simple à monter. Maison correctement isolée, chaudière gaz de vingt ans, remplacement par une pompe à chaleur air/eau à 15 000 €. Ménage en catégorie violette (revenus intermédiaires).
- MaPrimeRénov' par geste : environ 4 000 €
- Prime CEE coup de pouce chauffage : environ 3 500 €
- TVA réduite déjà intégrée au devis
Reste à charge : environ 7 500 €, éligible à l'éco-PTZ action unique. Sur dix ans, cela représente 62 € par mois, pour une facture de chauffage divisée par deux dans la plupart des configurations.
Une réserve importante : la pompe à chaleur ne tient ses promesses que dans un logement correctement isolé. L'installer dans une passoire thermique, c'est se garantir des factures d'électricité décevantes et une déception à la première vague de froid. L'audit sert précisément à éviter ça.
L'ordre des démarches : audit, devis, demande, acceptation, travaux
L'ordre n'est pas indicatif. Il est impératif, et l'inverser coûte l'intégralité des aides.
- Réaliser l'audit énergétique (obligatoire en parcours accompagné)
- Faire établir des devis par des entreprises RGE
- Accepter l'offre CEE si elle est mobilisée
- Déposer la demande MaPrimeRénov' avec les devis non signés
- Attendre la notification d'accord
- Signer les devis
- Lancer les travaux
- Transmettre les factures pour obtenir le versement
Aucune étape ne peut être anticipée. Aucune ne peut être sautée.
Le reste à charge réel après cumul des dispositifs
Un rappel qui évite bien des désillusions : le cumul des aides publiques est plafonné en pourcentage du coût total, avec un taux variable selon la catégorie de revenus. Un ménage très modeste peut approcher les 90 % de prise en charge sur une rénovation d'ampleur. Un ménage aux revenus supérieurs plafonnera bien plus bas.
Quelle que soit la situation, un reste à charge subsiste toujours. Aucun dispositif ne finance 100 % d'un chantier. Toute offre qui le prétend doit déclencher une méfiance immédiate.
Les pièges qui font perdre une aide
Le démarchage et les offres à « 1 euro » qui n'existent plus
Elles ont disparu du cadre réglementaire depuis plusieurs années. Elles n'ont pourtant jamais complètement disparu des boîtes aux lettres ni des appels téléphoniques.
Le démarchage téléphonique pour la rénovation énergétique est interdit. Un appel non sollicité sur ce sujet est donc, par construction, illégal. Ce n'est pas une nuance juridique : c'est le signal le plus fiable qu'il existe.
Les schémas frauduleux classiques restent les mêmes. Isolation de combles bâclée en deux heures. Pompe à chaleur surdimensionnée et hors de prix. Signature de crédit affecté présentée comme une simple formalité administrative. Le préjudice se compte parfois en dizaines de milliers d'euros.
La qualification RGE : la vérifier soi-même et non sur parole
Un logo RGE sur un devis ne vaut rien. Ce qui compte, c'est l'inscription effective de l'entreprise dans l'annuaire officiel, pour le domaine de travaux concerné, à la date de signature.
Trois vérifications, deux minutes :
- L'entreprise figure bien dans l'annuaire officiel des professionnels RGE
- La qualification couvre précisément le type de travaux prévu (un RGE isolation ne couvre pas une pompe à chaleur)
- La certification n'est pas arrivée à expiration
Le cas de la sous-traitance mérite une attention particulière. Si l'entreprise signataire sous-traite tout ou partie du chantier, c'est bien elle qui doit détenir la qualification, pas seulement son sous-traitant. Configuration source de nombreux refus.
Les délais d'instruction et les motifs de refus les plus fréquents
Comptez entre six semaines et trois mois entre le dépôt et la notification, avec des variations sensibles selon les périodes. Les pics de dépôt en début d'année allongent mécaniquement les files d'attente.
Les motifs de refus qui reviennent le plus souvent :
- Travaux commencés avant la notification d'accord
- Devis signé avant l'acceptation de l'offre CEE
- Qualification RGE absente, expirée ou hors domaine
- Logement de moins de quinze ans
- Revenu fiscal ne correspondant pas à la catégorie déclarée
- Devis insuffisamment détaillé sur les caractéristiques techniques des équipements
Ce dernier point est plus fréquent qu'on ne l'imagine. Un devis mentionnant « fourniture et pose d'une pompe à chaleur » sans référence, sans coefficient de performance, sans puissance, revient systématiquement pour complément. Autant l'exiger dès le départ.
Questions fréquentes
Peut-on cumuler toutes les aides sur un même chantier ?
Presque toutes, oui, mais dans la limite du plafond global d'aides publiques exprimé en pourcentage du coût des travaux. MaPrimeRénov', CEE, aides locales, éco-PTZ et TVA réduite se combinent sans difficulté de principe. C'est le plafond global qui vient éventuellement écrêter le total, pas une interdiction de cumul entre dispositifs.
Que se passe-t-il si les travaux ont commencé avant l'accord ?
Le dossier est refusé. Sans exception, sans recours gracieux qui aboutisse.
La règle vaut aussi pour les acomptes : verser un acompte avant la notification est assimilé à un démarrage de travaux. Une seule exception existe, pour l'audit énergétique et la prestation de l'Accompagnateur Rénov', qui peuvent être engagés en amont sans compromettre le dossier.
Les aides sont-elles versées avant ou après les travaux ?
Après, sur présentation des factures acquittées, ce qui suppose d'avancer la trésorerie.
Deux mécanismes atténuent cette contrainte. Les ménages modestes et très modestes peuvent demander une avance de frais représentant une part du montant accordé, versée au démarrage du chantier. Par ailleurs, le mandat de paiement permet de faire verser l'aide directement à l'entreprise, qui ne facture alors au client que le reste à charge. Cette seconde solution, très pratique, reste étrangement peu proposée par les professionnels.
Un logement de moins de 15 ans est-il éligible ?
Non pour MaPrimeRénov', dont la condition d'ancienneté est stricte et sans dérogation.
Mais tout n'est pas perdu pour autant. Les CEE restent accessibles quel que soit l'âge du logement, la TVA à taux réduit s'applique dès deux ans d'ancienneté, et les aides locales fixent leurs propres critères, parfois plus souples. Un logement de dix ans peut donc être aidé, simplement pas par le dispositif principal.


